Coulés dans le même moule : Roland Mack se prépare à passer le flambeau à la nouvelle génération

Publié le par parcattractions.fr

Il existe une question que les jeunes enfants du monde entier ne cessent de se poser à chaque fois qu’ils visitent un parc d’attraction : ça s’rait pas génial de vivre ici ?

Pour Michael et Thomas Mack, les enfants du co-propriétaire/Directeur général de Europa Park, Roland Mack et héritiers de la légendaire entreprise de divertissement de la famille Mack, rien de plus normal. Au cours des années, il était ordinaire de voir les frères très unis taper du ballon de foot ou jouer au hockey sur la patinoire du parc d’attraction.

« On ne manquait de rien », confesse Michael. « C’était comme vivre dans un conte de fées ».

« C’était le plus grand terrain de jeu qui soit, surtout en hiver lorsque le parc était fermé », ajoute Roland dont l’intervention provoque le rire de ses deux fils.

Mais aujourd’hui, âgés de plus de vingt-ans, les frères Mack ont bien grandi.

Alors que le plus important parc à thèmes d’Allemagne célèbre son 30e anniversaire, les frères représentent la nouvelle génération ; ils sont prêts et disposés à entamer leur propre étape d’un voyage de 225 ans.

Des roulottes aux montagnes russes

L’intérêt porté par la famille Mack au monde de l’amusement remonte au 18e siècle, lorsqu’en 1780 Paul Mack décide de construire les premières installations officielles pour chariots et diligences à Waldkirch, Allemagne. Cent ans plus tard, la famille Mack commence à construire ses premiers produits de divertissement sous la forme d’orgues de Barbarie et de roulottes pour les forains ambulants et les cirques.

En 1915, les Mack fabriquent des carrousels pour fêtes foraines et les premières montagnes russes de la société font leur apparition en 1921. Au courant des années 1950, Franz Mack (le père de Roland Mack) prend la décision d’étendre son activité au marché américain. Franz avait occasionnellement visité des parcs à thèmes aux Etats-Unis pendant 20 ans pour les étudier, faire de la recherche. Il rencontrait des clients, étendant ainsi la portée de sa société tout en développant, à côté, une idée qui allait changer l’histoire de sa famille pour toujours. Europa-Park.

Au début des années 70, Franz se rend aux Etats-Unis en emmenant avec lui Roland, son fils, avec pour seul objectif de visiter différents parcs d’attraction américains pendant deux semaines. Les Mack se rendent aux parcs d’attraction de jour et se réunissent le soir, au calme, autour d’une table de restaurant pour comparer leurs impressions. Selon Roland, son père avait pensé construire un parc d’attractions à Rust, Allemagne, près de l’usine Mack à Waldkirch, ville facilement accessible depuis la France, la Suisse et d’autres pays non limitrophes. L’objectif du parc d’attractions serait double : destination touristique et lieu de présentation de la ligne de produits Mack (parmi lesquels, les premières attractions permanentes de la société).

Une fois de retour de cette escapade américaine, « nous savions exactement à quoi le parc allait ressembler », se souvient Roland, bien que ni le père, ni le fils ne disposaient d’aucun plan, si ce n’est quelques serviettes en papier sur lesquelles quelques idées et dessins avaient été griffonnés. Le parc devait proposer à ses visiteurs un magasin abritant tout ce que l’Europe avait à offrir. Aujourd’hui, il compte 12 zones dont le thème s’inspire de nombreux pays répartis sur tout le continent, tels que l’Espagne, l’Italie, la Grande Bretagne et la Grèce. Chaque « territoire » propose une architecture, un feuillage, de la nourriture et des divertissements fidèles au pays qu’il représente.

« Au début, tout le monde était très sceptique », se souvient Roland.

De toute évidence, tout le monde avait tort.

Europa-Park a célébré son 30e anniversaire le 12 juillet 2005 et est l’un des parcs les plus visités de l’industrie, avec près de 4 millions de visiteurs par an. Dans un article publié en mai 2005 par le magazine Forbes, Europa-Park figure parmi les 10 parcs les plus importants dans le monde et se classe ainsi parmi des géants de l’industrie tels que Alton Towers en Angleterre, Disneyland en Californie et Liseberg en Suède. Le parc offre, sur une superficie de 85 hectares, plus de 100 attractions telles que le « Silver Star » par Bolliger et Mabillar (les plus grandes montagnes russes d’Europe à une hauteur d’un peu plus de 73 mètres et l’une des rares attractions du parc à ne pas avoir été fabriquée par l’usine Mack) et « Atlantica SuperSplash » les montagnes russes aquatiques ou watercoaster de l’usine Mack, qui ont vu le jour cette année. Avec l’ouverture en 2004 de son troisième hôtel, le magnifique Colosseo de style romain, Europa-Park est également devenu le plus grand restaurateur en Allemagne et offre la plus grande concentration d’hôtels du pays avec plus de 4100 lits.

Histoire de famille

Comment expliquer un tel succès ? Selon les Mack, c’est une histoire de famille.

Roland, 56 ans, dirige Europa-Park en association avec son petit frère, Jurgen Mack. Roland pense que le fait que Europa-Park soit une entreprise familiale est l’un de ses points forts. « C’est très facile de prendre une décision », dit-il. « Si vous avez une idée, vous parlez à deux ou trois membres de la famille et prenez une décision. Tant qu’il est possible d’organiser le financement et la production, c’est un grand avantage ».

Pour Roland, la structure de la société constitue également une attraction pour ses clients, qui sont pour la plupart, des familles. « Ça les rassure de savoir que les attractions ont été mises sur pied par une famille », ajoute-t-il. « Pour eux, vous êtes très accessible. Vous passez du temps dans le parc où se trouve également votre société, vous êtes donc au milieu des visiteurs. Evitez de passer trop de temps dans les bureaux. Sortez tenir compagnie à vos « invités ». Parlez-leur, demandez-leur ce qu’ils aimeraient voir à l’avenir ».

Roland est fidèle à ses propos. Se déplaçant d’un bout à l’autre de Europe-Park, le pied au plancher de sa voiturette de golf, il a la réputation d’apparaître inopinément aux attractions. Il suit l’exemple de Walt Disney et se promène dans le parc pour rester en contact avec ses visiteurs. Il n’est pas rare de lui arriver de s’arrêter et de signer quelques autographes. Il est l’ambassadeur de Europa-Park tandis que Jurgen travaille dans les coulisses s’occupant des ressources humaines, de la gestion financière, etc.

Mais diriger une entreprise familiale de l’ampleur de Europa-Park demande quelques sacrifices, particulièrement au niveau de l’intimité et du temps passé avec la famille.

« C’est notre vie ! », déclare Roland. « Il n’y pas de transition entre le temps de travail et celui des loisirs ». Nous vivons et travaillons sur place. Si je suis à la maison, j’ai un pied au travail et si je suis au travail, j’ai un pied à la maison. Il n’est jamais possible de dire lorsque vous êtes à la maison ou au travail et je pense que cela confère beaucoup de pouvoir au parc et aux gens qui y travaillent.

« J’ai l’impression de toujours être à la maison mais si vous demandiez à ma femme, elle vous dirait que je passe mes journées au travail », plaisante-t-il.

Selon le fils de Roland, les sacrifices faits pour grandir à Europa-Park en valaient vraiment la peine et leur père ajoute qu’ils ont été capables d’équilibrer ce qu’il y avait de bien avec ce qu’il y avait de mauvais. « Peut-être qu’il y eu un temps où leur père leur manquait mais ils comprenaient que j’avais un travail à faire et de toute manière, ils pouvaient venir me rendre visite », poursuit Roland. « Quel enfant a la possibilité de rendre visite à son père au travail ? Quel petit garçon peut, aux heures de bureau, faire un tour de montagnes russes avec son papa ? S’agit-il de travail ou de plaisir ? Je pense que c’est les deux ».

Mais cela n’empêche pas de faire une pause de temps à autre. Il arrive que la famille, qui compte également Marianne, l’épouse de Roland et Ann-Kathrin, sa fille de 16 ans, se retire pendant plusieurs jours en Italie ou en Suisse pour profiter de moments en famille puis, à la fin des vacances, chacun repart de son côté jusqu’au prochain regroupement familial.

« Ensemble, tout est moins stressant », déclare Thomas, âgé de 24 ans.

Reprise du flambeau

Roland a préparé l’ascension de ses fils à la direction de Europa-Park depuis leur plus jeune âge. Michael et Thomas ont commencé par faire des petits boulots au parc lorsqu’ils étaient enfants. Ils ont tenu des postes de garçons de cabine puis de personnages costumés. A l’adolescence, leur père les envoie travailler pendant des périodes d’un mois dans des parcs d’attraction du monde entier ; les fils Mack ont acquis une expérience inestimable partout où ils ont séjourné, de Warner Bros. Movie World en Australie à Busch Gardens à Williamsburg, Virginie, ainsi que dans des petits parcs en France et en Angleterre.

Michael, à présent âgé de 27 ans a terminé ses études l’année dernière. Il est titulaire d’un diplôme en commerce international. Il a travaillé à Liseberg pendant plusieurs mois avant de rejoindre officiellement et à temps plein le personnel de Europa-Park. Thomas est en train de terminer ses études à Munich et deviendra très probablement employé à temps plein de Europa-Park à l’automne 2006.

Roland déclare avoir suivi ses enfants de près depuis leur plus jeune âge, essayant de déterminer leurs éventuels centres d’intérêt alors qu’ils se faisaient la main dans la gestion d’un parc d’attractions. C’est ainsi qu’il s’est rendu compte que Mark s’intéressait davantage à la bonne marche quotidienne du parc, un peu comme lui. « C’est un homme très proche du client », déclare Roland à propos de son fils. Thomas, à l’inverse, a toujours semblé fasciné par les hôtels de Europa-Park et l’industrie du service.

Les intérêts variés de ses fils semblent s’être manifestés au bon moment. En raison de la croissance de Europa-Park au cours des 30 dernières années, et plus particulièrement dans le domaine des services, le travail effectué par Roland est devenu presque trop conséquent pour un seul homme. Il a donc l’intention de répartir les tâches entre ses deux fils lorsqu’ils seront prêts. Pour le moment, il est prévu que Michael dirige les opérations et que Thomas prenne la tête des hôtels du parc.

Cependant, les défis que les fils Mack devront relever seront nettement différents de ceux auxquels leur père a été confronté. D’après Michael, son grand-père s’intéressait davantage à l’aspect fabrication de l’entreprise familiale et moins au parc à thème. C’est pour cette raison que Roland a été chargé de mettre sur pied une marque à un très jeune âge. Lorsque Roland a fait ses premiers pas dans les affaires, tous les yeux étaient rivés sur lui pour voir s’il serait capable de mettre sur pied un parc d’attractions et le rendre opérationnel. Aujourd’hui, tout le monde considère Europa-Park comme une norme d’excellence dans l’industrie d’après Roland et ses fils doivent être fidèles à cette réputation.

Cela ne doit pas empêcher le parc de se développer davantage. Au cours des trois dernières années, Europa-Park a racheté 150 hectares supplémentaires d’un terrain adjacent, ce qui laisse aux fils Mack la possibilité de rêver grand. « Je leur ai donné une grande chance de se développer », déclare Roland. « Ils peuvent également commencer de zéro et aller de l’avant ».

Roland n’a pas encore vraiment pris le temps de penser à la manière dont il allait céder toutes les responsabilités de Europa-Park à ses fils cependant. « Nous verrons comment vont se dérouler la première ou les deux premières années », dit-il. « J’avais à peine 24 ans lorsque j’ai commencé, je venais juste de quitter l’université. Mon père ne me quittait pas des yeux. Il m’a donné de plus en plus de responsabilité au fil des années ». En tant qu’entreprise familiale, Europa-Park est plus organique que la structure d’entreprise classique où un Directeur général démissionne et un autre le succède à des dates et selon un programme très précis. Michael pense que c’est l’un des points forts de Europa-Park. Une entreprise familiale permet une transition bien plus en douceur, pense-t-il, au lieu de vouloir laisser son emprunte, l’objectif est plutôt d’assurer une continuité et de maintenir une image de qualité. Ça a effectivement été le cas avec Roland et son père ; finalement, petit à petit, Franz s’est fait moins présent et après un certain temps il se contentait de faire des suggestions plutôt que de formuler des demandes. Roland prévoit un scénario similaire dans les années à venir. Ses fils joueront leur rôle au sein de la société et apprendront à travailler avec lui et son frère Jurgen puis plus tard avec le fils de Jurgen, Frederick (le cousin de Michael et Thomas qui pour l’instant, n’a que 10 ans).

« Ils vont reprendre un travail avec beaucoup de responsabilités », déclare Roland à propos de ses fils. « Cela signifie que je dois céder un peu de mon pouvoir sinon, ça ne marchera pas. C’est nouveau pour moi. Vous devez avoir confiance en la personne qui va prendre la relève. Le plus gros effort est de transmettre ma prise de risques pour ce développement à la nouvelle génération.

« Ça devrait m’amuser », dit-il. « J’adore ce travail et il fera toujours partie de moi mais avec l’âge, il me faut céder un peu de mon pouvoir, ce qui signifie plus de temps libre pour moi-même et ma femme ».

Les fils de Roland disent être prêts à prendre la relève tout en étant conscients du fait que ce sera un processus long et difficile.

« Mon frère et moi n’avons jamais douté de notre désir de poursuivre la tradition familiale », indique Thomas. « Nous vivons dans le parc et nous adorons ce que nous faisons ».

« Je considère mon père comme le Walt Disney d’Europe. Il n’y en aura pas d’autre comme lui », déclare Michael. « Le plus important [pour Thomas et moi] est la loyauté et le respect mutuel. Nous sommes très proches. Si nos rapports restent les mêmes, nous pourrons probablement tout faire.

Mais la route est encore longue », ajoute-t-il. « Etant donné notre jeune âge, il se peut que de nombreuses difficultés nous attendent. Nous sommes heureux de toujours pouvoir compter sur notre père en cas de besoin. Nous devons encore faire nos preuves ».

Source : Fun World

Publié dans Revue de Presse Europe

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