Les habitants de Meknes au secours de Riad Parc

Publié le par parcattractions.fr

Le torchon brûle entre le président de la Commune urbaine de Meknès et l'association «Grand Riad»
L'espace vert portant le nom de Riad Parc à Meknès est aujourd'hui menacé de disparition. La fièvre qui s'est emparée des villes marocaines et qui consiste à tout transformer en béton n'a pas épargné ce parc, pourtant zone non aedificandi. En effet, quand il a été conçu en 1996, il avait pour vocation première de servir de lieu de loisir et de sport. Retour sur une affaire qui a fait couler beaucoup d'encre et qui risque de coûter cher aux habitants de la région.

Tout a commencé le 9 mai 2005 quand la Commune urbaine de Meknès, a mis, à l'ordre du jour de sa session ordinaire, l'attribution de Riad Parc à un groupe commercial, qui n'est autre que le fameux groupe Yinna Holding de Miloud Chaâbi, pour la construction d'un hypermarché.

Cette décision a eu l'effet d'une douche froide sur les habitants de la région et plus particulièrement sur Hassan Bougdour, président de l'association «Grand Riad».

Ce dernier, ayant pris connaissance des tractations entre les deux parties, avait déjà adressé, en mars 2005, une lettre à l'attention du président de la Commune de Meknès, Aboubakr Belkora, lui rappelant que, outre la valeur patrimoniale de Riad Parc, cité aristocratique au temps du Sultan Moulay Smaïl au VIIe siècle, constitue un poumon pour le quartier Riad et les quartiers avoisinants.

Il lui fait également part du mécontentement d'un bon nombre de citoyens et d'associations sportives et environnementales. Les lettres, à l'adresse du président de la commune, se suivent et ne se ressemblent pas. Elles traduisent toutes le vœu de la population mitoyenne du parc de le sauver en le sortant de son état d'abandon.

Elles évoquaient, entre autres, les instructions données par Sa Majesté le Roi Mohammed VI à Meknès le 25 septembre pour l'amélioration du cadre de vie des citoyens.

Les missives ont été autant de coups d'épée dans l'eau. Elles sont restées lettre morte et n'ont pas trouvé de répondant de la part de M. Belkora qui ne voulait rien entendre de cette affaire et qui refusait d'ouvrir le dialogue avec ses détracteurs. Jusqu'à ce jour, 128 associations se sont soulevées contre la décision communale.

Dans ce même sens, 240 footballeurs des quartiers avoisinants ont signé une pétition dans laquelle ils revendiquent l'aménagement d'un terrain de football. «Je ne comprends pas comment la commune a pris une telle décision.

Ne savent-ils pas qu'en agissant de la sorte, ils nous créent des problèmes avec l'UNESCO qui risque d'arrêter toute subvention en faveur de la sauvegarde du patrimoine de la ville classée par cette instance, le 16 décembre 1996, Patrimoine Universel de l'Humanité?», fustige Hassan Bougdour.

En effet, Riad Parc «Zone Non Aedificandi», a été depuis des décennies un espace vert appelé Zouitina: Oliveraie, et conserve toujours cette vocation. Il mérite, donc, d'être préservé.

Il est actuellement situé au cœur d'une population à forte densité et longé par une double voie dont la densité de circulation ne cesse de s'accroître, entraînant une émanation accentuée du Co2 aux conséquences néfastes pour la population environnante de 53.510 habitants (12.890 ménages), d'après le dernier recensement.

La construction d'un hypermarché risque d'exacerber la situation en causant davantage de pollution et de problèmes au niveau de la circulation.

La session ordinaire du mois d'avril 2005 du Conseil municipal de Meknès, n'ayant pris aucune décision, s'est contenté d'ajourner ce point (qui concerne la cession du Riad Parc à une société pour y construire un hypermarché) à une session ultérieure. Résultat d'un calcul minutieux du président de la Commune urbaine de Meknès qui a préféré adopter un profil bas et attendre que la vague de protestation se calme pour reprendre contact avec Miloud Chaâbi.

« Le point, objet du litige, sera à l'ordre du jour de la session ordinaire de la commune en avril 2006», rapporte Hassan Bougdour.

Lequel timing n'est pas fortuit. «Le président de la commune est intelligent. Il l'a programmé à cette date de manière à ce qu'elle coïncide avec la tenue, à Meknès, du Salon international de l'agriculture, où la présence de Sa Majesté Mohammed VI est probable. De cette manière, il est sûr que les associations ne pourront pas réagir ou organiser des sit-in, pour des raisons de sécurité».

Entre-temps, le président de l'association «Grand Riad», conforté dans son action par d'autres associations, ne baisse pas les bras. Il change d'interlocuteur et s'adresse, cette fois-ci, à Miloud Chaâbi.

Le 26 janvier 2006, il lui envoie une lettre au nom d'un collectif d'associations de la société civile dans laquelle il lui explique que «l'exploitation du Riad Parc doit être en harmonie avec les aspirations de la société civile (population à forte densité) où il se trouve situé (terrains de jeux et de divertissement, espaces verts, restaurants, cafés…) et cela en conformité avec la vocation Zone Non Aedificandi de cet espace urbain».

Concernant cette missive, nous avons contacté le destinataire de la lettre qui n'en a pas nié l'existence et qui a précisé qu'il refuse de lui donner suite, estimant qu'il ne se sentait pas concerné par ce litige.

Mais, il nous a assuré, par la même occasion, que son seul interlocuteur restera le président de la Commune urbaine de Meknès. Chaâbi est, en effet, au courant des problèmes qui entourent cette affaire mais refuse de s'y mêler. Il préfère attendre que la situation se débloque pour qu'il puisse conclure sa transaction.

Il se dit prêt à s'en tenir à la décision de la Commune urbaine de Meknès, mais trouve tout de même que Riad Parc, aujourd'hui dans un état lamentable d'abandon, est un terrain vague où il serait pas mal d'ériger son hypermarché qui pourrait être d'un intérêt certain pour la population.

Face à cette situation préoccupante pour la préservation de l'environnement, Hassan Bougdour n'en démord pas et insiste sur la nécessité d'une concertation entre la commune et la société civile.

«La Commune urbaine de Meknès doit procéder à l'aménagement de l'espace vert «Riad Parc» et en particulier la construction déjà prévue d'un amphithéâtre (capacité d'accueil de 500 à 1.200 places) à l'intention et à la disposition de notre jeunesse.

Sans attendre l'accomplissement de ce théâtre de plein air, pourquoi ne pas, dès maintenant, mettre à la disposition de la population environnante (quartiers à forte densité) ce merveilleux espace vert de (13 ha) qui pourrait être immédiatement irrigué (2 points d'eau) et remis en état.

Un certain nombre de constructions (restaurants, boutiques, kiosques, parc de jeux, etc…) déjà existantes peuvent dès maintenant être exploitées en tant que source de revenus pour la commune qui se doit de rester vigilante à préserver la qualité Non Aedificandi de cet espace de loisirs et de distractions.

C'est un fait reconnu que la piscine précédemment aménagée (2002) assure à la commune actuelle «une recette de 60.000.000 centimes par an», martèle-t-il avec force. Une affaire à suivre…

Source: Le Matin

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