Le Pass joue son avenir

Publié le par parcattractions.fr

Le parc d'aventures scientifiques de Frameries est sur la sellette.
Le gouvernement wallon doit statuer jeudi sur son avenir.
Le Pass pourra-t-il rester le lieu de culture et d'initiation scientifique qu'il veut être?

MATHIEU MOLITOR

ANALYSE

Frameries, jeudi matin, sous le crachin. Le personnel du parc d'aventures scientifiques (le Pass), soit l'équivalent de 60 temps plein, a décidé d'organiser ce dimanche une journée portes ouvertes, gratuite, pour sensibiliser le public à l'enjeu des décisions qui devraient être prises la semaine prochaine par le gouvernement wallon et qui décideront du futur de ce musée pas comme les autres. Le personnel «en a marre» que le Pass soit assimilé à un tonneau des Danaïdes réclamant sans cesse de nouveaux subsides et qu'on dénigre, dit-il, le travail fait. Souvent sans l'avoir vu!

Ultime effort?

Le 10 novembre dernier, le gouvernement procédait à ce qu'il appelait «une ultime recapitalisation» de 3 millions d'euros pour éponger les dettes du passé, nommait un nouveau président du CA (un manager du privé, Pascal Leurquin) et annonçait qu'il changerait la direction. Jean-Marc Providence, le directeur-général du projet depuis les débuts, deviendra sans doute, secrétaire général part-time, plus spécialement impliqué dans les projets et l'engineering des expos. Un nouveau directeur administratif et financier - part time aussi - devrait être nommé. Le CA a remis sur la table les études, audits disponibles et derniers chiffres budgétaires (inquiétants). Jeudi, il a proposé au gouvernement trois pistes, mais n'a rien voulu révéler de leurs contenus. D'après nos informations, aucune ne prévoit un démantèlement du Pass ou un bain de sang social, bien au contraire. Le CA part de l'hypothèse que les missions qui ont été assignées au Pass sont maintenues et il indique que dans ce cas les subventions au Pass (4 millions d'euros annuels et, pour 2006 et 2007, 0,5 million supplémentaire alloué par la ministre Simonet) ne sont pas suffisantes. Même si ces chiffres font rêver d'autres musées (signalons cependant que la cité des Sciences à Paris a un budget annuel de 100 millions d'euros!). Le CA renvoie donc la balle au gouvernement pour que celui-ci confirme (ou infirme) les missions du Pass et en tire les conséquences budgétaires. Les pistes pourraient consister en économies internes, pérennisation du 0,5 million d'euros supplémentaires par an et paiement d'une partie du personnel par d'autres budgets publics (comme cela se fait dans d'autres musées) ou délégation de certaines missions du Pass à des tiers. On verra jeudi.

Jean-Marc Providence constate qu'un malentendu a régné autour du Pass qui a fait que « ni les pouvoirs publics, ni les médias ne se sont appropriés le Pass. Nous avons eu sans doute le tort de parler de 'parc', ce qui donne à penser que nous serions comme un parc d'attraction. On a trop souvent oublié nos missions culturelles et sociales liées à la science. Même si nous sommes un musée scientifique, nous sommes subsidiés par la région et non par la Communauté, ce qui fait de nous un objet incongru, une sorte d'Ovni. On parle de sponsoring, de rentabilité, oubliant qu'on est un service public. Et la capacité critique inhérente à de telles expos a pu poser aussi question à nos pouvoirs de tutelle.» Être localisé à Frameries n'a pas non plus aidé: «Quand notre expo sur le sport à été programmé au Heysel, elle a attiré, en quinze jours, autant de monde que chez nous en trois mois».

Pourtant le bilan est très positif, souligne Jean-Marc Providence: le musée, achevé fin 2004, a attiré l'an dernier, 150000 visiteurs, sans compter ceux des expos du Pass montrées ailleurs. Le Pass a exporté des expos à Aïchi au Japon, en Tunisie, à Strasbourg. Moscou est en passe de signer un accord avec le Pass pour un nouveau musée des sciences, accord qui rapporterait autant qu'un an d'entrées-visiteurs. Le personnel ajoute que le Pass arrive en tête des «attractions wallonnes» pour la satisfaction du public et a été classé dans un top 5 des musées mondiaux les plus novateurs. « Nous nous indignons de la manière dont notre dossier est abordé», dit-il. Le Pass c'est 12000 m2 d'expos, 60 emplois temps plein, tous payés par le musée lui-même, 4,5 millions d'euros de subsides cette année, un sponsoring qui stagne vers 200000 euros (loin du 1,8 million d'euros espérés dans le business plan initial de McKinsey) et 150000 visiteurs annuels. Un consultant européen au début du projet avait parlé de 300000 visiteurs, « mais cela n'a jamais été réaliste», rétorque Jean-Marc Providence.

Les coûts sont souvent liés à la création d'expositions originales et à l'accompagnement des visiteurs, aidés par le personnel dans leurs rapports à la science.

Objectif social et culturel

On en revient finalement à l'essentiel: à quoi doit servir ce musée des sciences et quels moyens lui allouer en fonction de cela? Jean-Marc Providence rappelle la genèse du projet: « C'était une volonté de la région et de son département recherche et technologie, dirigé alors par Anne-Marie Straus, d'installer un outil de diffusion de la science et de la technologie comme l'est la cité des sciences à Paris. On a alors décidé du lieu: l'ancien charbonnage du Crachet, dans le but social de réduire la fracture entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Le Pass est au départ un projet de promotion des sciences (objectif de Lisbonne), un projet social et un outil de développement économique pour la région.»

Le musée aura coûté 32 millions d'euros, payés pour moitié par la région, moitié par l'Europe, avec une belle intégration de Jean Nouvel. « C'est un musée du 4e type, argumente Jean-Marc Providence. Il s'agit de partir de l'expérience des visiteurs. Le défi de la culture scientifique est de poser des questions de société et de voir comment la science peut les résoudre. Placer la science dans le quotidien des gens.» Le Pass a appliqué cela dans ses expos sur l'argent, la génétique, les matériaux, le sport. « Est-il tellement incongru, se demande le personnel, que les pouvoirs publics se donnent les moyens de financer le fonctionnement d'un outil propre à aider les citoyens dans leur intégration à la «société de la connaissance» ? Pose-t-on la question de la rentabilité financière d'une école ou d'un musée d'art?»

Source :  La Libre Belgique 2006

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