Legoland, Astérix, Tussaud... les fonds d'investissement à l'affût

Publié le par BAPST

Legoland, Astérix, Tussaud... les fonds d'investissement à l'affût

E. L. C., M. S. S. et L. L.
[19 juillet 2005] Lefigaro

Les prétendants se bousculaient. Mi-juillet, Lego qui avait besoin d'argent pour redresser ses comptes a cédé ses quatre Legoland au fonds d'investissement Blackstone. «Depuis dix-huit mois, les fonds d'investissement se sont découvert une véritable passion pour les montagnes russes et les trains fantômes», note David Camp, directeur du cabinet de consultants londonien Economics Research Associates.

Début juillet, Goldman Sachs s'est offert une part du parc nippon Universal Studio qui attire 8 millions de Japonais grâce à ses attractions inspirées de films comme Jurassic Park. Début avril, Dubai Investment Capital, propriété de Mohamed al-Maktoum, prince héritier de Dubaï, a acheté à Charterhouse Capital Partners les musées de cire Tussauds pour 800 millions de livres.

Quelques mois plus tôt, en 2004, le britannique Palamon Capital Partners a déboursé 200 millions d'euros pour les sept parcs européens du groupe Six Flags plus connus sous le nom Walibi. Quant au fond américain Advent International, il a acheté les parcs ibériques de Parques Reunidos.

Et ce n'est pas fini. A peine propriétaire des cinq musées de personnages en cire Tussauds, Mohamed al-Maktoum vient d'annoncer qu'il allait faire d'autres acquisitions. Avec une fortune personnelle estimée à 10 milliards de dollars par Forbes, le cheikh en a les moyens. Le prince saoudien Waleed Ben Talal, propriétaire de 10% du capital d'Euro Disney et qui ne manque jamais une occasion de s'y amuser à chacun de ses passages à Paris, est prévenu.

Dans une Europe en pleine concentration, car bien des parcs créés dans les années 70 sont vendus par les héritiers des fondateurs, la Compagnie des Alpes, propriétaire du Groupe Grévin (Parc Astérix, Bagatelle, Aquarium de Saint-Malo...), est aussi à l'affût. «Nous avons plusieurs dossiers en cours. Aucun n'est suffisamment mûr pour être bouclé dans les mois qui viennent. Mais au moins un ou deux devraient aboutir entre 2006 et 2009», révèle son directeur du marketing, Eric Guilpart. «Les parcs d'attraction ont trois vies, explique le consultant londonien David Camp. Ils sont créés par des familles, puis cédés à des grands groupes comme Tussauds et enfin vendus à des fonds d'investissement.»

Paradoxalement, tous ces achats se font alors que cette industrie semble de plus en plus risquée. En 2004, les Legoland affichent une perte après impôt de 508 millions de couronnes danoises. Euro Disney est aussi dans le rouge. Pourtant, les fonds y mettent le prix. Tussauds aurait été vendu dix fois son résultat d'exploitation.

Vu les risques, les industriels des sites de loisirs qui n'ont pas les moyens des fonds d'investissement y réfléchissent à deux fois. Ils achètent surtout des parcs à l'unité. A l'inverse, les fonds ont une vision moyen terme et s'intéressent aux ensembles de parcs. En témoigne Parques Reunidos, racheté par Advent International, qui regroupe 14 parcs. Comme Charterhouse qui vient de revendre Tussauds, ils savent qu'ils céderont leurs parcs au bout d'environ cinq ans. «les fonds réalisent leur acquisition par LBO [leverage buy out] dont le propre est une revente envisagée dans les quatre ou cinq ans», rappelle Olivier de Bosredon, ancien PDG du Groupe Grévin. «Ces financiers misent donc sur la plus-value à venir. Personne n'est là pour le long terme», souligne David Camp. Avec raison, car l'effet de levier sur les parcs de loisirs est conséquent. Profitant des taux d'intérêt bas, les fonds empruntent beaucoup et utilisent peu de fonds propres pour acheter les parcs. «Les financiers sont d'autant plus séduits par les parcs que ces derniers génèrent beaucoup de trésorerie, explique Michael Jolly, ancien PDG de Tussauds, qui a conseillé le fonds Palamon dans son achat d'avril 2004. Leurs cash-flows sont assez prévisibles. Le coût d'entrée pour un nouveau rival est élevé. Le marché est aussi en pleine concentration, ce qui offre des «sorties» intéressantes dans les années à venir.»

Mais pour que la revente soit intéressante, il faut valoriser les parcs. C'est pourquoi les fonds d'investissement ne lésinent pas sur les sommes investies pour développer et valoriser leur achat. Advent International a déjà injecté 18 milliards d'euros en deux ans dans Parques Reunidos. De son côté, Palamon a élaboré un plan d'investissement de 65 millions d'euros sur cinq ans pour les parcs Walibi rachetés à Six Flags. «Acheter un parc est capitalistiquement intéressant, c'est un peu comme avoir une rente de situation», conclut Claire Deray, analyste chez Gilbert Dupont. Pas étonnant dans ce cas que les fonds d'investissement aient envie de jouer les voyageurs inattendus des trains fantômes.

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L'agroalimentaire courtise Mickey

Un rafraîchissement à l'Auberge de Cendrillon (parrainée par Vittel), un casse-croûte à la pizzeria Bella Note (sponsorisée par Buitoni) ou bien une pause gastronomique au restaurant Hakuna Matata (parrainé par Maggi) ? Vous êtes bien chez Disneyland mais ici les gourmands ont plutôt l'impression de déambuler chez Nestléland, l'un des deux partenaires alimentaires du parc de Marne-la-Vallée avec Coca-Cola.


Nestlé peut afficher ses marques sur la plupart des restaurants et les kiosques à glaces car c'est un fournisseur très particulier du royaume magique.


Le leader mondial de l'agroalimentaire paie une redevance au groupe de loisirs pour avoir le droit d'y parsemer ses marques et d'y écouler ses produits sans concurrence. Le montant de cette redevance est tenu secret. Tout juste sait-on que le contrat signé en 1992 à l'ouverture du parc a été renouvelé en 2002.


A l'image des salariés dénommés «cast members», ces fournisseurs de Disneyland sont rebaptisés «partenaires» et bénéficient d'un certain nombre de services en échange de leur contribution financière. L'ingénieux système paraît tout droit sorti de l'esprit du génial oncle Picsou. Il rappelle aussi singulièrement les fameuses marges arrière que la grande distribution perçoit de ses fournisseurs.


Avantage pour Nestlé ou Coca, ils peuvent utiliser l'image du parc sur les emballages de leurs produits vendus en grandes surfaces dans toute l'Europe. Ils bénéficient également d'un accès privilégié aux équipements du parc. Ainsi Nestlé a pu organiser 46 conventions ou séminaires internes sur ce site en 2004.


Bien entendu, ce modèle a inspiré la concurrence. Ainsi le groupe Danone est devenu partenaire du Parc Astérix. «Nous avons l'intention d'améliorer notre système de sponsoring», confessent les responsables du village gaulois. Même politique chez Legoland et les parcs du groupe Tussauds. Cadburry, Wall's (Unilever) et Coca-Cola ont signé des partenariats avec les deux groupes. Le britannique est présent dans cinq pays différents avec ses musées de cire et ses châteaux aménagés, mais, fidèle à ses origines, il est quand même le seul à avoir désigné un fournisseur officiel de thé, Tetley.

Publié dans Revue de Presse Europe

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