Bientot un parc d'attractions dans les marécages de Yaoundé ?

Publié le par parcattractions.fr

Les marécages sont-ils constructibles ?
Zones basses, fonds de vallées : ils posent uniquement un problème d'aménagement et d'affectation.

Il y a quelque temps, le ministère des Domaines et des Affaires foncières a organisé un déguerpissement dans la zone dite Bastos-Ekoudou de Yaoundé. La raison officielle avancée pour justifier cette opération est que les populations concernées avaient construit dans une zone marécageuse et voisine à un cours d'eau, comme il en existe bon nombre à Yaoundé et dans les autres villes du pays.
A l'inverse de Douala ou de plusieurs autres villes du pays, Yaoundé possède une topographie assez mouvementée, présentant des hauts reliefs et de nombreuses zones basses (22 fonds de vallée répertoriés), souvent larges par endroits. C'est peut-être dans un souci de protection civile que les responsables des Domaines ont pris la mesure préventive du mois de mars dernier d'évacuer le site de Bastos-Ekoudou, avant que le pire n'arrive.
Cependant, de l’avis des spécialistes de l’aménagement urbain, de telles décisions doivent être assises sur des bases techniques intangibles. Or, une visite dans les services compétents conduit à constater une absence quasi totale de documents identifiant clairement les zones marécageuses ou basses. Et même à ce niveau, il existe une confusion des deux expressions. D'après les techniciens, toutes les zones basses ne sont pas des marécages. "Il y a marécage lorsqu'il y a risque de rétention d'eau", déclare Emile Chendjouo, urbaniste. Toutefois, précise-t-il, "cela peut être évité par des mesures techniques" telles que le drainage, le récalibrage ou le curage des caniveaux.

Selon des fonctionnaires du ministère du Développement Urbain et de l'Habitat, un marécage peut être classé comme non aedificandi, c'est-à-dire qu'on ne peut y réaliser des constructions, "mais il faudrait pour cela qu'un document de planification l'atteste et, du coup, lui trouve une affectation".
Ces derniers prennent à contre-pied les juristes, selon qui, les zones marécageuses font partie des zones non constructibles, car appartenant au domaine national. C'est du moins ce qui ressort de la loi de 1974 sur le régime foncier domanial au Cameroun. Mais pour M. Chendjouo, l'inconstructibilité juridique est juste là pour des mesures de sauvegarde au cas où on ne pourrait pas respecter la constructibilité technique. Pour l'urbaniste, "l'inconstructibilité d'un marécage ne peut être technique", du moment que l'opérateur offre des garanties techniques de construction.
C'est dans ce sens que l'Etat a par exemple délivré à M. Kyriakides une autorisation de construire dans le marécage en contrebas du siège de l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi) à Yaoundé, après que l’homme d’affaires grec ait donné des gages d'aménager convenablement le site sur lequel il compte édifier un parc d'attractions. L'Etat a lui-même construit sur des grands marécages tels la vallée de l'ancienne gare, le Boulevard du 20 mai, l'Avenue Kennedy... Et que des années plus tard, il se pose avec acuité le problème de l'écoulement des eaux dans ces zones en permanence inondées en saison de pluies.

C'est pourquoi, estiment certains urbanistes, "s'il faut déguerpir toutes les zones basses et les marécages de Yaoundé, c'est environ 25% de la ville qui est concerné". En fait, aussi bien à Yaoundé que dans le reste du pays, on s'est habitué à un urbanisme de crête. La conséquence est "qu'on néglige les fonds de vallées et les marécages. L'Etat qui est partie prenante dans le problème de l'urbanisation n'a pas joué son rôle dans le calibrage et le drainage des eaux. Cela est aggravé par le contexte de pauvreté et l'amenuisement de ses moyens d'intervention. Mais il faut aussi voir la faiblesse de l'autorité liée au manque de moyens financiers et humains et de contrôle de l'Etat, sa très faible présence sur le terrain comme acteur foncier, avec la prédominance des acteurs fonciers coutumiers agissant parfois dans le mépris de la réglementation en vigueur".
Aussi, la solution pour les experts en urbanisme n'est-elle pas de casser dans les zones dites marécageuses, mais d'élaborer un véritable document d'aménagement en trouvant à chaque zone des affectations, ensuite d'identifier et sensibiliser les acteurs fonciers coutumiers riverains de ces lieux. Ce d'autant plus que les urbanistes sont unanimes là-dessus, les marécages et les zones basses, très prisées dans les villes en raison de leur facilité d'accès et d'aménagement, ne sont pas une fatalité. Au contraire, "ce sont des éléments qui, bien aménagés, peuvent agrémenter le paysage urbain", confie Emile Chendjouo.

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