Bagatelle, espace de jeux et de vie

Publié le par parcattractions.fr

 
En arrivant par la route, on ne voit rien. A peine une barrière. Derrière : une belle végétation d'arbres, d'arbustes ­ pin, épicéa, saule, chêne, séquoia... ­ et de fleurs. Une sorte de forêt ponctuée de massifs bien dessinés dont les pétales éclatent en pleine lumière. Il fait une journée magnifique. Le Nord est sous un ciel bleu sans nuages. Tout près, Berck-sur-Mer. Pas loin, Le Touquet. Des plages immenses, des dunes et le vent que, ce jour-là, exceptionnellement, on ne sent pas.

C'est juste devant son entrée que le parc de Bagatelle offre son décor : banderoles multicolores, flonflons, voiture des années 1930, guinguette, décor en rouge, bleu, vert, jaune, orange. Un air de fête. Une ambiance de carnaval. Les visiteurs arrivent, en groupe, en famille, en amoureux.

Beaucoup d'enfants. Tout ce monde en short, bermuda et débardeur. Certains, le panier de pique-nique ou la glacière à la main. Tous avec le sourire. La bonne humeur dans les yeux. Il y a du monde mais pas de foule. Tout se passe tranquillement, dans une fluidité bon enfant. Ils sont venus là pour s'amuser, se promener, prendre leur temps. Bagatelle est "leur parc".

PISCINES ET TENNIS

Ouvert il y a tout juste cinquante ans, cet endroit a son histoire, un passé familial, un ancrage régional et affectif. Une aventure à lui tout seul. Comme on en rêve. Bourrée d'anecdotes et de rebondissements. Tout commence au début des années 1950. Henry Parent, industriel dans le textile à Tourcoing, cherche à se reconvertir. Devenir fleuriste ? Ouvrir une clinique ? C'est finalement l'achat d'un terrain, près de Merlimont, au bord de ce qui était la RN 40, qui va lui dicter sa route.

Epoux de Madeleine et père de sept enfants, Henry est un chasseur passionné. Cette parcelle de terre, il va commencer par y entreposer des volières et des chenils. A installer des jeux pour sa progéniture. La route est tout près. Les automobilistes ralentissent, parfois s'arrêtent. Henry a alors l'idée d'ouvrir une pension de famille au sein de sa propre maison, à l'entrée du terrain. Le succès est immédiat.

"Les week-ends, des familles faisaient la route et venaient ici. Nous, en fonction des arrivées, on déménageait dans les mansardes , se rappelle Hubert, le fils cadet d'Henry, qui tient, depuis 1962, le camping du parc. Ensuite, les choses se sont faites progressivement." Une guinguette, un petit train, un manège où l'on pouvait monter à cheval ou sur un poney, des vélos excentriques (à roues désaxées) étendent l'offre des divertissements. Sur les 26 hectares de ce terrain côtier et marécageux est né le précurseur des parcs d'attractions français.

Toute la famille y travaille. L'aîné s'occupe de l'administration, des relations publiques et de la publicité. Le deuxième, François, de la restauration, Hubert, de la technique et des jeux. Les quatre filles, des stands de gaufres et de glaces. En 1970, le père se retire dans une propriété pour... gibier d'eau, qu'il vient d'acheter dans le Pas-de-Calais. François et Hubert reprennent l'affaire. Le parc continue de se développer, au rythme d'une attraction nouvelle par an. L'une d'elle, le "River Splatch" , inaugurée en 1976 par l'imitateur Yves Lecocq, sonne l'heure de gloire de Bagatelle.

Pendant ce temps, Hubert développe son camping. Au départ : 130 emplacements pour tentes et caravanes. Une rentabilité très saisonnière. Aujourd'hui : 630 places uniquement destinées à des mobile homes qui appartiennent aux clients, quelques locations et une rentabilité à l'année. Mais aussi deux piscines, des terrains de tennis et de basket, une discothèque, deux bars-restaurants, une charmante petite épicerie.

François restera directeur jusqu'en avril 2000. Le parc est alors vendu à Grévin et Compagnie, la société qui gère déjà France Miniature, le parc Astérix, le grand aquarium de Saint-Malo, le Musée Grévin... Le personnel voit d'un mauvais oeil l'arrivée de Philippe Desnoues, ancien comédien et metteur en scène, puis directeur de production des spectacles du parc Astérix, poste qu'il abandonne pour s'installer dans le Nord et diriger Bagatelle. "Ils me regardaient tous comme le méchant Parisien qui allait tout foutre en l'air, l'esprit du parc et ses emplois" , raconte-t-il.

Philippe Desnoues commence par voir les employés un par un. Il les voit tous. Le premier contact n'est pas toujours facile. "Je me souviens d'une femme qui est entrée dans mon bureau, s'est assise, m'a regardé l'air renfrogné et rien ne sortait de sa bouche. Je ne pouvais pas établir le dialogue , se souvient, l'oeil rieur, Philippe Desnoues. J'ai fini par lui dire que j'allais continuer à vaquer à mes occupations et que lorsqu'elle serait prête, elle pourrait me parler." Le miracle a fini par se produire. Les premiers mots sont arrivés. La discussion a eu lieu.

La dame est sortie rassurée. Comme la trentaine d'employés qui travaillent sur le parc et conserveront leur emploi. "J'ai découvert des gens et une équipe formidables, tous très professionnels dans leur domaine, un monde, des hommes et des femmes dynamiques, très attachés à leur entreprise. Bagatelle, c'est leur parc, leur vie, leurs souvenirs" , confie Philippe Desnoues.

D'eux, il a beaucoup appris. A lui, ils ont donné leur confiance. Ce nouveau directeur agit en douceur. II réorganise les équipes, rattrape les retards d'infrastructures, fait appliquer les normes de sécurité, verse au personnel les années de retard accumulées sur leur participation, construit des bâtiments sociaux.

Il rénove la déco vieillotte du site en lui insufflant un peu de modernité tout en accentuant son aspect régional. Il fait dessiner par Marie-France Larrouy, sculpteur-dessinatrice-modéliste dans le monde du spectacle, un personnage mascotte : Jacques, blondinet au visage rond, malin et joyeux, issu des traditions du Nord.

Quelques attractions sont mises en place ­ dont le "Raft" (de grosses bouées à grande contenance pour les familles nombreuses, lancées dans un tumultueux torrent). Aujourd'hui, 80 % des visiteurs viennent du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme. Le reste, ce sont essentiellement des Anglais et des Belges. "Notre public est fidèle , se réjouit Philippe Desnoues. 38 % des personnes reviennent d'une année sur l'autre. Cela nous oblige aussi à une exigence énorme. Car les fidèles repèrent tout, une demi-heure de file d'attente, et ils râlent. Il ne faut pas les décevoir" .

Un cirque, assurant 278 représentations par saison, une vaste aire de pique-nique, un zoo accueillant 200 animaux (dont des bisons), une miniferme, des boutiques, des restaurants, 44 attractions pour petits et grands, répartis sur un 26 hectares... Bagatelle continue sa route. Sans perdre son âme.

Source : le Monde
 

Publié dans Revue de Presse Europe

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